retourfiche éditée le 15 octobre 2013


FICHE INDOCHINE
du 9e DRAGONS
(par le Lt-colonel (H) Claude Aïcardi
Causes et évènements majeurs de la guerre d'Indochine :
- La guerre qui oppose depuis 1937 la Chine au Japon, a permis à ces derniers d’occuper la Chine du sud et de contrôler tous ses ports.
- Le 6 mars 1945, l’importance capitale des ressources et la position stratégique de l’Indochine conduisent le Japon à soumettre à la France un ultimatum inacceptable (contrôle par les nippons des forces navales et terrestres) puis d’envahir progressivement le territoire.
- Le 15 août 1945, la capitulation du Japon met fin à son expansionnisme.
- Les accords de Posdam de juillet-août 1945 (auxquels la France n’est pas conviée) prévoient le partage du territoire en deux zones d’occupation, séparées par le 16e parallèle, chinoise au nord, anglaise au sud.
- Le 16 août, le viet minh constitue à Hanoï un gouvernement provisoire présidé par Ho Chi Minh, leader communiste.
Le même jour, le général de Gaulle, chef du gouvernement provisoire constitué en septembre 1944, nomme l’amiral Thierry d'Argenlieu haut-commissaire en Indochine, avec mission de "rétablir l’autorité française dans les territoires de l’Union indochinoise".
- Octobre 1945, arrivée du corps expéditionnaire français à Saïgon sous les ordres du général Leclerc.
- En 1946, à l’issue de traités avec la Chine et le Vietnam de Ho-Chi-Minh, les français reprennent position au Laos, au sud Annam et au Tonkin.
- En 1947, après de nombreuses frictions, la rupture est consommée entre la France et Ho-Chi-Minh qui dispose à présent d’une armée de 35.000 hommes organisée par Giap, son ministre de la guerre.
Malgré leurs actions offensives les français ne parviennent pas à détruire les troupes du Viet-minh qui se dérobent.
- En 1950, la victoire de Mao-Tse-Tung en chine et l’appui sino-soviétique permettent à Ho-chi-Minh de renforcer son armée, d’entreprendre des actions d’ampleur et d’infliger aux français une grave défaite.
En décembre 1950, le général de Lattre arrive en Indochine avec les pleins pouvoirs; il brise plusieurs puissantes offensives de Giap et obtient un renforcement conséquent des armées vietniamiennes de Bao-Dai qui luttent aux côtés des français.
- En 1952, le général Salan qui lui succède poursuit son action et réalise méthodiquement le nettoyage du delta du Tonkin.
- En juin 1953, le général Navarre le remplace et décide, en novembre, de créer, un vaste camp retranché à Diên-Biên-Phu où Giap va engager toutes ses forces, soit 100.000 hommes. La chute de la place le 7 mai 1954 termine la guerre et la conférence de Genève met théoriquement fin aux hostilités le 27 juillet 1954.
La guerre d’Indochine a coûté aux forces de l’Union française 100.000 tués et 114.000 blessés.
Constitution et arrivée sur le territoire:
En 1944, sous le nom de "9e régiment de dragons FFI" des unités du maquis reforme, dans le Soissonnais, un régiment qui va participer aux combats dans les Ardennes aux côtés des alliés.
Cette création est officialisée le 1er janvier 1945 et un embryon de régiment, constitué par le 1er escadron issu de l'ex 3e escadron FFI, est dirigé sur Tarbes où il s'installe au quartier Larrey.
Le 8 mai 1945, après avoir été renforcé, il devient le Régiment de Marche de Chars de la 2e DB (RMC 2e DB) sous les ordres du lieutenant-colonel Devary et entame son instruction au camp de Ger pour se préparer à cette mission.
Les évènements d'Indochine vont précipiter son départ et le RMC 2e DB, sans avoir été équipé du matériel blindé américain qui était prévu et sans les deux escadrons de la 2e DB qui devaient le compléter, embarque à Marseille le 3 octobre 1945 sur le paquebot "l'Oronte", débarque à Saïgon le 3 novembre où il change à nouveau d'appellation pour devenir le Régiment de Marche du 9e Dragons.
Le 15 janvier 1946, devenu Groupement d'Unités d'Armes Lourdes de la Brigade d'Extrême Orient (GUALBEO), il est compte deux escadrons de combat équipés de quelques mitailleuses et mortiers de 81.
Le 15 mars il perçoit quelques matériels : Scout-cars Humber, canons et camionettes.
En avril, les escadrons perçoivent des auto-mitrailleuses Ferret et incorpore quelques supplétifs locaux dans ses rangs
Implantation:
Après un court séjour entre Saïgon et Cholon, le régiment est envoyé à Tay-Ninh, bourgade de quelques milliers d'habitants, à une centaine de kilomètres au nord de Saïgon et à quelques dizaines de kilomètres de la frontière cambodgienne.
Trois postes sont installés (carte1):
- un premier au sud-ouest, à la "Sucrerie" petite installation industrielle située sur la plantation d'hévéas O'Connel sur les rives du Vaïco,
- un second, plus important, à quelques kilomètres plein ouest, sur les même rives du Vaïco face à Kompong-Trach et à l'axe routier nord vers le Cambodge,
- le troisième à l'est, face à Chon-Thanh
Fin janvier 1946, le régiment s'installe à Ban-Me-Thuot (carte2).
Misions:
Malgré par la faiblesse de ses effectifs, l'inexpérience des personnels et l'absence de matériels, le 9e dragons sera engagé, dès son arrivée sur le territoire dans dans des combats de guerilla où il fera son apprentissage.
Renforcé, aguerri, blindé et mieux armé, il sera employé dans les opérations de nettoyage en Sud-Annam puis aux opérations du plateau de Pleiku-Kontum et enfin aux actions menées dans la région de Ninh-Hoa.
Chronologie des évènements:
- Au cours de la traversée maritime, le chef de corps, le lieutenant colonel Divary est débarqué à Ceylan pour y être hospitalisé d'urgence. Il ne rejoindra le régiment qu'en mars 1946 à Tay-Ninh. En son absence l'intérim sera assuré par le chef d'escadrons de Mesmay.
- Dès son arrivée, le régiment stationne entre Saïgon et Cholon et combat à pied , sur la rive gauche de la rivière sur l'axe de Bien-Hoa à Baria.
- Le 15 janvier 1946, le régiment de marche du 9e dragons devient le "Groupement d'Unités d'Armes Lourdes" de la Brigade d'Extrême Orient (GUAL) mais conservera officieusement son appellation de 9e Dragons.
- En février, il remonte au nord de Saïgon dans la région de Hon-Quan et Chon-Thanh où il relève des éléments de la 2e DB.
- En mars 1946, le regiment, fait partie de l'expédition chargée de reprendre le contôle de la province de Tay-Ninh. Cette opération comprend une colonne blindée du groupement Massu et le régiment qui est convoyé sur les lieux par des moyens amphibies de fortune. Pris sous le feu des viets à partir des rives du fleuve, le régiment a 13 blessés dont le capitaine Curé commandant le 1er escadron.
Prenant position dans la bourgade de Tay-Ninh, le régiment met en place trois postes pour assurer la sécurité de la Zone.
En plus de la lutte contre le Viet-minh, le régiment doit traiter avec les caodaïstes locaux, apparemment non violents, et entretenir une coexistence pacifique avec un bataillon nippon fait prisonnier par les anglais et qui stationne en "captivité d'honneur" dans les environs de Tay-Minh encore doté de ses véhicules et de son armemment léger.
Le chef de corps, allant visiter le poste de "la sucrerie", qui est sous la responsabilité du 2e escadron est, est pris dans une embuscade viets. Le bilan est lourd pour les dragons qui perdent plusieurs hommes dont le chef d'escadrons de Mesmay. Parmi les blessés se trouve le chef de corps et le capitaine Mesnil, commandant le 2e escadron.
- Le capitaine Renaud qui a pris le commandement du 2e escadron entreprend l'exploration du Nui-Ba-Den, un piton rocheux dominant Tay-Ninh. Son détachement est pris dans une embuscade où il est impossible de maneuvrer et coûte au régiment de sérieuses pertes.
L'expédition organisée pour retrouver la bande rebelle va, à son tour, tomber dans une embuscade qui lui causera quelques pertes sans pouvoir retrouver l'ennemi qui s'est évanoui dans la forêt.
- Le régiment est relevé par le 1er Chasseurs et regagne Saïgon.
- Fin mars 1946, le 5e Dragons (officiellement GUAL) est alors dirigé sur Ban-Me-Thuot (voir carte 2), grosse bourgade sur les hauts plateaux où il s'installe.
A partir de ce lieu, il va participer à une importante opération d'un groupement qui va libérer Pleiku et Kontum, puis combattre dans les cols de Mang-Yang et de Deo-Mang. Après une pause à An-Khe ou se regroupe le PC du groupemnt, le régiment fait sauter la résistance Viets qui bloquait l'axe An-Khe - Qui-Nhon puis se replie et retrouve sa base de Ban-Me-Thuot fin juillet.
Fin de cammpagne et bilan:
C'est à Ban-Me-Thuot que le régiment apprend sa dissolution dans le cadre de la réorganisation de l'Arme Blindée Cavalerie d'Indochine.
Le GUAL est dissous le 31 juillet 1956; les matériels sont reversés à la Brigade d'Extrême Orient, les personnels sont répartis, au gré des volontariats, entre le 5e Cuirassiers, le 1er Chasseurs et le CIABC de Dalat.
Pour les actions qu'il a menées pendant ces deux années sur ce territoire, le 9e dragons à reçu sur son étendard l'inscription:
INDOCHINE 1945-1946"
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