retourfiche éditée le 31 août 2013


FICHE INDOCHINE
du 2eRégiment de Spahis Marocains
(par le Lt-colonel (H) Claude Aïcardi
et la participation de monsieur Claude Girard)
Causes et évènements majeurs de la guerre d'Indochine :
- La guerre qui oppose depuis 1937 la Chine au Japon, a permis à ce dernier d’occuper la Chine du sud et de contrôler tous ses ports.
- Le 6 mars 1945, l’importance capitale des ressources et la position stratégique de l’Indochine conduisent le Japon à soumettre à la France un ultimatum inacceptable (contrôle par les nippons des forces navales et terrestres) puis d’envahir progressivement le territoire.
- Le 15 août 1945, la capitulation du Japon met fin à son expansionnisme.
- Les accords de Posdam de juillet-août 1945 (auxquels la France n’est pas conviée) prévoient le partage du territoire en deux zones d’occupation, séparées par le 16e parallèle, chinoise au nord, anglaise au sud.
- Le 16 août, le viet minh constitue à Hanoï un gouvernement provisoire présidé par Ho Chi Minh, leader communiste.
Le même jour, le général de Gaulle, chef du gouvernement provisoire constitué en septembre 1944, nomme l’amiral Thierry d'Argenlieu haut-commissaire en Indochine, avec mission de "rétablir l’autorité française dans les territoires de l’Union indochinoise".
- Octobre 1945, arrivée du corps expéditionnaire français à Saïgon sous les ordres du général Leclerc.
- En 1946, à l’issue de traités avec la Chine et le Vietnam de Ho-Chi-Minh, les français reprennent position au Laos, au sud Annam et au Tonkin.
- En 1947, après de nombreuses frictions, la rupture est consommée entre la France et Ho-Chi-Minh qui dispose à présent d’une armée de 35.000 hommes organisée par Giap, son ministre de la guerre.
Malgré leurs actions offensives les français ne parviennent pas à détruire les troupes du Viet-minh qui se dérobent.
- En 1950, la victoire de Mao-Tse-Tung en chine et l’appui sino-soviétique permettent à Ho-chi-Minh de renforcer son armée, d’entreprendre des actions d’ampleur et d’infliger aux français une grave défaite.
En décembre 1950, le général de Lattre arrive en Indochine avec les pleins pouvoirs; il brise plusieurs puissantes offensives de Giap et obtient un renforcement conséquent des armées vietniamiennes de Bao-Dai qui luttent aux côtés des français.
- En 1952, le général Salan qui lui succède poursuit son action et réalise méthodiquement le nettoyage du delta du Tonkin.
- En juin 1953, le général Navarre le remplace et décide, en novembre, de créer, un vaste camp retranché à Diên-Biên-Phu où Giap va engager toutes ses forces, soit 100.000 hommes. La chute de la place le 7 mai 1954 termine la guerre et la conférence de Genève met théoriquement fin aux hostilités le 27 juillet 1954.
La guerre d’Indochine a coûté aux forces de l’Union française 100.000 tués et 114.000 blessés.
Arrivée sur le territoire:
Le Régiment de Marche de Spahis d'Extrême-Orient (RMSEO) est créé à Saïgon le 1er avril 1947, à partir du 1er Groupe d'Escadrons de Marche de l'Arme Blindée (1er GEMAB) lui même constitué de cinq escadrons autonomes de spahis.
Le 1er décembre 1947, cette nouvelle formation devient, par changement d'appellation, le 2e Régiment de Spahis Marocains (RSM).
Constitution:
- Lors de sa formation, le régiment est constitué:
- d'un escadron de commandement (prendra en 1948 l'appellation d'escadron hors rangs (EHR) disposant de:
- 1 peloton de protection,
- 2 pelotons d'intervention.
- 4 escadrons mixtes de reconnaissance à 4 pelotons (Automitrailleuses (AM), portés sur Half-trak (HT) et 1 obusier M8)
Soit :
- un effectif de 41 officiers, 159 sous-officiers et 879 spahis.
- une dotation de 36 AM, 43 HT, 23 Scout-cars et 16 obusiers M8.
- En 1949, le régiment met sur pied un commando "Marocains" à pied dont l'effectif variera de 50 à 80 hommes (il sera dissous le 15 mai 1954);
- En 1952, un peloton de vedettes fluviales, rattaché à l'EHR, est créé.
- Le 30 septembre 1954:
- le 4e escadron d'AM est dissous, les matériels et personnels sont mutés au 6e RSM qu'il rejoint à Tourane;
- le 1er escadron d'AM est dissous;
- le 3e escadron d'AM prend l'appellation de 1er escadron;
- la création, le 1er octobre 1944, d'un 3e escadron de fusiliers-voltigeurs portés sur HT, prévu par la réorganisation, sera reportée par manque d'effectifs au 1er février 1955;
- un 4e escadron de fusiliers-voltigeurs motorisé (sur GMC) est créé è la date du 1er octobre 1954 avec des personnels de l'ex 1er escadron;
- pas de changement pour le 2e escadron;
- le peloton de vedette fluviales de l'EHR est dissous
Implantation:
- en 1948, le régiment est dispersé dans la zone Ouest, parfois jusqu'à l'échelon du peloton;
- en 1949, en zone Centre, dans la région de Dau-Tieng, Saïgon et Cai-be;
- en 1950-1951, en dehors d'un escadron qui reste en zone Centre, le régiment est regoupé en zone Ouest dans le secteur de Can-Tho et Vinh-Long;
- en 1952 le PC et l'EHR sont en zone Ouest à Vinh-Long, les 1er et 2e escadrons en zone Ouest respectivement à Thu-Duc et Cai-Tac, le 3e escadron en zone Centre à Gai-Lay et le 4e escadron à l'Ouest à Nga-Tuc.
- En 1953, en dehors du 2e escadron qui reste à Can-Tho, le régiment fait mouvement en zone Est du Sud-Vietnam où il prend la responsabilité du sous-secteur de Baria.
- En 1954, le 3e escadron est mis à la disposition du commandement des plateaux du Centre à Ban-Me-Thuot.
Lors du cessez-le-feu (11 août 1954), le régiment occupe les positions suivantes: PC et EHR à Baria, 1er escadron a Thu-Duc, 2e escadron à Long-Xuyen, 3e escadron à Ban-Me-Thot, 4e escadron à Suzannah.
Les éléments administratifs de l'EHR sont installés au Cap Saint-Jacques, le peloton de vedettes fluiviales est à Co-May.
En novembre, le sous-secteur de Baria devient secteur et en décembre, le colonel quitte le commandement du secteur et s'installe avec l'EHR à Lai-Khe (60km au nord de Saïgon).
- En janvier 1955, le 1er escadron rejoint le PC du régiment. Le 2e escadron quitte Long-Xuyen pour Can-Tho (PC de la zone Ouest) qu'il quittera un mois plus tard pour s'installer à Ben-Cat, à proximité du régiment.
En février, le 3e escadron, reconstitué, s'installe à Dian.
Missions:
Aux ordres du régiment ou des autorités responsables des secteurs sur lesquels les escadrons ou pelotons sont implantés, les missions seront, pour l'essentiel, des ouvertures de route, des patrouilles de sécurité, des protections de convois, des dégagements d'unités accrochées, des interventions au profit de postes attaqués, des appuis feu au cours d'opérations combinées et aussi la participation des spahis à de nombreuses opérations à pied avec des formations d'infanterie ou des unités supplétives.
A ces missions de combat, il convient d'ajouter les opérations de pacification et de sécurisation des secteurs sous la responsabilité du régiment comprenant entre autres la protection des plantations et des infrastructures sensibles.
Chronologie
- En 1948, le régiment prend en charge le secteur de Caibe/Cailay puis, en fin d'année le secteur de Vinh Long.
- En 1949, l'effort de pacification est porté sur la zone Centre du Sud Vietnam : Dau Tieng, Saïgon, Caibe
- En 1950, en zone ouest où il est déplacé, le régiment prend une part importante à la pacification de la région de Cantho / Vinh Long et contribue largement à l'implantation des postes avancés en Plaine des Joncs.
- En 1951-1952, pour pallier le ralentissement des renforts en provenance du Maroc, le régiment recrute des vietnamiens (1) qui s'intègrent très rapidement au régiment et participent aux opérations de Tra Vinh, Soc Trang et Sadec qui portent des coups sévères au Viêt-Minh.
(1) Ces supplétifs , issus pour la plupart de la secte des Hoa-Hao, très implantée dans le Sud Vietnam, comprendront au moment du cessez le feu plus de 2500 hommes luttant contre le Viet Minh aux côtés de l'armée fançaise.
- En 1953, déplacé en zone Est, le régiment prend à sa charge le sous-secteur de Baria. Le 5 novembre, au cours de l'ouverture de la route Baria-Bin Ba-Courtenay, le chef de corps, le lieutenant-colonel de la Maisonneuve est mortellement blessé dans une embuscade.
- En 1954, le 24 février, le 3e escadron perd son 3e peloton au cours d'une très forte embuscade sur l'axe Cheo Reo - bac de Lea Ey. Deux sous-officiers et 15 spahis sont portés disparus, 3 automitrailleuses, 2 Scout-cars et 1 obusier M8 sont détruits.
Après le cessez-le-feu du 11 août 1944, les personnels vietnamiens sont rayés des contrôles du régiment.
Le cessez-le-feu n'a pas eu pour effet l'arrêt immédiat des hostilités et le 2e escadron, implanté à Long Xuyen (l'un des fiefs de la secte des Hoa hao), devra affronter des confessionnels Hoa Hao dissidents au cours d'escarmouches et subira quelques pertes.
Fin de campagne et bilan:
En 1955, les cadres et spahis n'ayant pas effectué la totalité de leur temps de séjour sur le territoire sont mutés au 6e RSM. Le régiment reçoit, en contrepartie, les personnels rapatriables des 5e et 6e RSM.
Fin mars, les escadrons font mouvement sur Saïgon où le régiment se regroupe et embarque ses matériels sur les S/s "Turkheim", "Donai" et "Felix-Roussel".
Les personnels embarquent, le 30 mars 1955, sur le S/s "Skaugum" et quittent l'Indochine, en corps constitué, le 31 mars 1955 pour le Maroc
où le régiment prend garnison à Marrakech.
Le 2e RSM a payé un lourd tribut au cours de ces huit années de guerre en Indochine où il a perdu 198 hommes dont 12 officiers et 30 sous-officiers.
Pour les faits de guerre du régiment, son étendard a été décoré de la croix de guerre des T.O.E. avec deux citations à l'ordre de l'armée et a reçu la fourragère aux couleurs de cette décoration.
Sur sa soie est portée l'inscription
"Indochine 1947-1954"
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