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Le général Yousouf

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Aucun metteur en scène n'aurait l'imagination assez fertile pour inventer l'histoire de Yousouf !
Joseph Vantini est né sur l'ïle d'Elbe vers 1808. Une jeunesse dorée l'amène, dans le sillage de son père, intendant au palais, à fréquenter la cour de Pauline Borghèse. Il a même l'occasion d'y apercevoir Napoléon 1er alors en exil.
Vers l'âge de six ans, confié aux bons soins d'une préceptrice, il est envoyé en Italie pour entrer au collège de Florence. C'est au cours de cette traversée que la destinée du jeune Joseph va être bouleversée. Le bâtiment de commerce sur lequel il voguait vers Livourne, est brusquement arraisonné par un corsaire tunisien et sous la contrainte de ses ravisseurs, le navire captif est conduit à Tunis.

Hommes, femmes et marchandises sont exposés au marché des esclaves. A cette époque la coutume voulait que le Bey de Tunis ait droit de préemption sur les butins de ses corsaires et l'acheteur patenté qui le représentait accaparait évidemment les plus belles marchandises.

L'air et la prestance du jeune Joseph lui valent d'échoir dans la part beylicale. Trois perspectives s'offrent alors à lui: devenir mameluk, être l'esclave d'un dignitaire, ou être destiné au harem royal. Cette dernière affectation, en dépit des apparences, ne permet aucun rève inavouable, car elle passe obligatoirement par l'obtention d'un brevet d'eunuque. Mais grâce à son physique avantageux et sa vive intelligence, on destine Joseph à l'école des mameluks.

Toutefois, avant de servir dans ce corps prestigieux, lui faut-il encore consacrer quelques années à l'apprentissage du Coran. L'école des futurs mameluks se tient au harem, où les jeunes garçons sont admis à résider jusqu'à l'âge de douze ans. Là, assis en tailleur sur les tapis de Kairouan, Joseph ânonne, en coeur avec ses petits camarades, les versets du Coran. Il s'initie aussi à la lecture et à la calligraphie de la langue arabe qu'il posséde bientôt à la perfection. Converti d'office à l'Islam, Joseph devient Yousouf.
L'école coranique, comme toutes les écoles du monde, avait des heures de récréation. Tous les enfants, garçons et filles du palais, s'y retrouvaient. On y jouait dans les allées ombragées et carrelées de mosaïques, autour des bassins et des jets d'eau. Dans ce décor idyllique, Yousouf devient le camarade de jeu préféré d'une fillette de son âge, la petite Kaboura. Une fillette parmi tant d'autres, à ceci près qu'elle est la fille du Bey. Des liens profonds se nouent entre la princesse et le jeune garçon.

Quand Yousouf arrive dans sa douzième année, il est, selon la règle, évincé du harem. Ses brillantes études lui permettent d'obtenir le poste de Khodja (secrétaire) auprès du Khaznadar (Ministre des finances), car il maitrise parfaitement la langue arabe. Réminiscence de ses origines, il parle également l'italien et se débrouille en français. A treize ans révolus, il est enfin affecté dans le corps des mameluks. Après deux années de "classes" où il apprend l'équitation et le maniement du cimeterre, il reçoit le baptême du feu. Alors qu'il charge au sabre un adversaire, celui-ci le couche en joue. La balle le blesse au poignet, mais, en plein galop, d'un imparable revers de cimetere, il tranche la tête de son ennemi.
Yousouf va encore se distinguer au service du Bey, à l'occasion de multiples campagnes. Il n'a pas encore vingt ans que le voilà déja au sommet de la gloire. Il obtint la distinction de "Bey de camp", est décoré du Nicham-Iftikhar (la plus haute distinction tunisienne). Couvert de titres et de richesses, il retrouve à la cour de Tunis la princesse Kaboura, qu'entre temps on avait marié à Si-Hussein, commandant en chef des mamelouks. L'amitié d'antan se mue en une secrète et tendre idylle. Hélas, jalousies et luttes de pouvoir étaient monnaie courante à la cour du Bey. Quelques rivaux malveillants surprennent les tourtereaux et font éclater le scandale au grand jour.
Yousouf tombe en disgrâce mais prévenu à temps par Kaboura, il s'enfuit de Tunis avec l'aide du consul de France.
Embarqué à bord de "l'Adonis", il vogue vers Alger où l'attendent d'autres aventures.

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Le 13 juin 1830, la flotte française s'apprête à débarquer le corps expéditionnaire sur la plage de Sidi-Ferruch. Yousouf se présente au général de Bourmont, fait valoir son origine, ses titres et services et se met à sa disposition. Le commandant en chef de l'expédition, est séduit d'emblée par la connaissance de l'Orient du jeune homme. Il l'enrôle sur le champ à l'état-major comme capitaine interprète.
Démontrant ses qualités de chef, Yousouf se voit ensuite chargé d'organiser les escadrons de sipahis turcs qui avaient rallié l'armée française après la destitution du Dey Hussein. Il s'acquitte de cette nouvelle tâche avec un tel brio que tous les escadrons d'Algérie sont placés sous son commandement en 1842. C'est avec les épaulettes de colonel que Yousouf devient, pour la postérité, le "père des spahis".
Au cours de la conquête puis de la pacification de l'Algérie, de 1830 à 1865, Yousouf va galoper en tête de toutes les charges de spahis, notamment le 16 mai 1843 lors de la prise de la smala d'Abdelkader, et le 14 août 1844 à la bataille d'Isly où il reçoit sa 17e citation à l'ordre de l'armée.

A l'actif de ce personnage hors du commun, trente six campagnes, vingt et une citations, deux blessures et la grand croix de la Légion d'Honneur. Le père des spahis termine sa carrière comme général, à la tête de la division de Montpellier. Emporté par une maladie inconnue, il s'éteint à Cannes le 16 mars 1866.
Selon sa volonté, son corps est rapatrié à Alger et placé dans une kouba de sa villa des hauteurs de Mustapha. Il sera ensuite inhumé au cimetière de Saint Eugène ou sa tombe serait toujours proprement entretenue.
"Es-sif", le sabre de Yousouf, est exposé au musée de l'armée à Paris, salle Bugeaud.

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Texte de Claude Girard.
Présentation et dossier audio par C.Aïcardi

Une vidéo de ce personnage est également présentée sur le site accès à la vidéo

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